La Fédération française de football a déposé jeudi une plainte formelle auprès de la FIFA alléguant que l’Espagne a obtenu un avantage déloyal lors de leur demi-finale de Coupe du Monde en « s’entraînant plus et s’entraînant mieux, » une pratique que la fédération a décrite comme « contraire à l’esprit du sport » et « quelque chose à quoi la France ne s’attendait pas de la part de quiconque. »
Le dossier de 38 pages, soumis à la commission disciplinaire de la FIFA et mis en copie à l’UEFA et au Tribunal arbitral du sport, argue que l’Espagne s’est livrée à un « programme systématique et prémédité de préparation tactique, de conditionnement physique et de répétition de coups de pied arrêtés » dans les semaines précédant la demi-finale du 14 juillet à Dallas, remportée par l’Espagne 2–0.
« Ce n’était pas un match de football, » a écrit le président de la FFF, Philippe Diallo, dans le premier paragraphe du dossier. « C’était une compétition entre deux équipes, dont l’une s’y était préparée et l’autre non. La France est arrivée à Dallas de bonne foi. L’Espagne est arrivée à Dallas en bonne forme. Ce n’est pas la même chose. »
La plainte détaille sept allégations spécifiques. La première concerne ce que la FFF appelle « la situation Rodri, » dans laquelle le milieu de terrain espagnol Rodri « a été autorisé à contrôler tout le match sans être approché, pressé ou de quelque manière que ce soit incommodé par un joueur français pendant quatre-vingt-dix minutes, » ce que le dossier attribue à « une stratégie espagnole coordonnée consistant à positionner des joueurs dans des zones du terrain où ils pouvaient recevoir le ballon et ensuite faire des choses avec. »
La deuxième concerne Lamine Yamal, qui a obtenu un penalty à la 22e minute. Le dossier allègue que Yamal « avait clairement pratiqué le dribble avant le tournoi, » une compétence que la FFF dit « ne pas avoir été communiquée au camp français et que nos défenseurs n’avaient aucune opportunité de préparer, puisque nous supposions qu’il courrait juste en ligne droite. »
La troisième concerne Mikel Oyarzabal, qui a converti le penalty et marqué ce que le dossier appelle « un but répété », par opposition au modèle français, que la FFF décrit comme « des buts qui arrivent naturellement, à l’instinct, généralement par Mbappé, généralement à la 80e minute, généralement quand nous sommes déjà en train de perdre. »
Lorsqu’on lui a demandé lors d’une conférence de presse si la plainte était sérieuse, Diallo a déclaré : « Nous sommes mortellement sérieux. L’Espagne s’est entraînée. Ils se sont entraînés plus que nous. Ils se sont entraînés mieux que nous. Le résultat était 2–0. Nous voyons un lien de causalité et nous pensons que la FIFA devrait aussi. »
Le dossier inclut une section intitulée « Analyse comparative de la préparation » qui compare les programmes d’entraînement des deux équipes la semaine précédant la demi-finale. Le programme de l’Espagne, selon la propre annexe de la FFF, inclut « des séances tactiques, de l’analyse vidéo, des exercices de coups de pied arrêtés et une période de récupération physique ciblée. » Le programme de la France, dans la même annexe, inclut « des séances tactiques, de l’analyse vidéo, des exercices de coups de pied arrêtés et une période de récupération physique ciblée. » Quand on lui a demandé d’expliquer la différence, une source de la fédération a dit : « Ils l’ont fait mieux. »
La FFF demande que le résultat de la demi-finale soit annulé, que le match soit rejoué « dans des conditions de préparation égale », et que la FIFA introduise une règle exigeant que les deux équipes « s’entraînent à la même dose, de la même façon, avec les mêmes exercices, de sorte que personne n’ait d’avantage. » Quand on lui a fait remarquer que cela ferait de l’entraînement un match nul plutôt qu’un match, la source a dit : « Oui. »
Noël Le Graët, l’ancien président de la FFF qui a démissionné en 2023 après une enquête pour harcèlement, n’a pas participé au dépôt de plainte mais a déclaré à un journaliste de L’Équipe : « Je ne vois pas le problème. Quand j’étais président, nous ne nous entraînions pas non plus. Nous avons quand même atteint la finale en 2022. On n’a pas besoin de s’entraîner. On a besoin de Mbappé. » Il a ensuite demandé si quelqu’un avait vu son manteau.
La ligne d’attaque française de Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et Michael Olise, valorisée à environ 450 millions d’euros, a généré 0,26 buts attendus en demi-finale, un chiffre que le dossier de la FFF décrit comme « une anomalie statistique causée par la décision de l’Espagne de défendre de manière organisée, » une pratique que le document qualifie de « antisportive et jamais vue précédemment dans le football international. »
Au moment de la rédaction, la FIFA n’a pas répondu à la plainte. Une source au sein du département juridique de la FIFA a décrit le dossier comme « la plus forte affaire que nous ayons jamais reçue pour la thèse selon laquelle perdre est de la faute de quelqu’un d’autre. »
La finale a lieu dimanche. L’Espagne affrontera l’Argentine. La France affrontera l’Angleterre dans le match pour la troisième place samedi. La France n’a pas encore décidé si elle allait s’entraîner pour celui-là.