Le Service public fédéral Économie de Belgique a formellement soumis une demande à la Commission européenne sollicitant le statut d'indication géographique protégée (IGP) pour la « Belgische Mayonaise, » une démarche qui, si elle est approuvée, restreindrait légalement l'usage du mot « mayonnaise » dans toute l'Union européenne aux émulsions produites à moins de quarante kilomètres d'une friterie agréée.
La demande de 412 pages, déposée mardi et consultée par ce journal, contient également une clause secondaire proposant que le condiment soit vendu exclusivement dans des pots « portant une petite couronne en papier, » une caractéristique que le document décrit comme « non négociable, culturellement essentielle et esthétiquement attendue depuis longtemps. »
« Nous l'avons inventée. Elle devrait nous appartenir. Nous ne bougerons pas. »
La revendication sur la mayonnaise est, historiquement, contestée. Les Français soutiennent que la sauce originates de Mahon à Minorque ; les Espagnols affirment la même chose ; les Belges, dans la demande, concèdent uniquement que « l'origine exacte est disputée, mais la version parfaite ne l'est pas, » et procèdent à consacrer quatre-vingt-dix pages à des mesures de viscosité, des ratios jaune-d-œuf-sur-huile, et une photographie d'un patron de friterie à Liège arborant un air déçu.
« Nous ne demandons pas aux Français d'arrêter de manger de la mayonnaise, » a déclaré Gérard Maes, porte-parole du SPF Économie. « Nous leur demandons de l'appeler autrement. « Goo. » « Pâte. » « L'aide jaune. » Nous sommes flexibles. Nous sommes belges. Nous ne sommes pas flexibles sur le mot. »
La demande a immédiatement suscité les foudres des Pays-Bas, qui produisent environ 60 % de la mayonnaise vendue dans les supermarchés de l'UE sous un régime d'étiquetage néerlandais qui, note le dossier belge avec un mépris audible, « permet l'usage du terme pour des produits dont la teneur en œufs ne qualifierait pas, dans un monde juste, d'aliments. »
La question de la couronne
L'élément le plus inhabituel du dossier est la couronne. La mayonnaise belge est, depuis des décennies, vendue dans des pots ornés d'une petite couronne en carton, un artefact dont personne ne sait pleinement expliquer l'origine et dont le retrait, argue la demande, constituerait « une perte pour la civilisation européenne comparable à l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, quoique de moindre ampleur. »
La DG AGRI de la Commission dispose de 12 mois pour statuer sur la demande. Un porte-parole a déclaré que le dossier serait « étudié avec le sérieux qu'il mérite, et possiblement le sérieux qu'il ne mérite pas. »
La France, sollicitée pour commentaire, a renvoyé toutes les questions à sa mission à Bruxelles, qui à son tour a renvoyé toutes les questions à une friterie d'Ixelles, qui était fermée pour l'après-midi et rouvrirait, indiquait une affiche manuscrite, « à un moment donné. »